Après la crise boursière, la crise de liquidité et plus largement la crise économique, nous entrons dans une nouvelle ère, avec la crise de la décision.

Notre ancien Premier ministre, François Fillon, le reconnaissait d’ailleurs lui-même cette semaine lors d’une interview : “il n’y a plus d’endroit où prendre une décision en Europe”. Le propos est pertinent, mais inquiétant (sans positionnement partisan) quand il est tenu par quelqu’un qui a été au pouvoir pendant cinq ans et rodé aux mécanismes européens.

Une crise politique
Je le répète depuis bientôt trois ans dans ces colonnes. Nos dirigeants n’ont pas pris la mesure de ce qui les entoure, et nous amènent droit dans le mur. Droite ou gauche, même combat.

Le système a fabriqué des hommes politiques incapables de décider, et c’est bien là le noeud de toutes les crises. Les sommets européens s’enchaînent, comme les téléconférences et les élections.

Même l’électeur est touché par cette incapacité à se prendre en main. En France, quelques semaines à peine après son élection, François Hollande n’est pas certain d’avoir la majorité du parlement pendant qu’en Grèce, les néo-nazis claquent les communistes à la télé.

Bref, nous vivons la politique en version grand écart…

Merkel veut accélérer le mouvement
Angela Merkel a donné le ton cette semaine avec une déclaration qui fera date.

Elle prône en effet désormais une Europe à deux vitesses, qui permettrait enfin d’accélérer l’harmonisation budgétaire des pays majeurs. Mais c’est aussi une façon élégante de faire comprendre à ses partenaires que l’Allemagne ne rasera plus gratis.

Le choix est clair, soit vous respectez les règles et lâchez du lest sur la souveraineté nationale, soit vous serez relégués en deuxième division.

Définitivement, la zone euro à 27 est déjà un souvenir.

Quand les banques centrales s’en mêlent… ou pas
Au-delà de la politique, ce sont les banques centrales qui ont animé la semaine, avec tout d’abord la BCE.

Mario Draghi a justement pris ses distances avec le monde politique en affirmant que ce n’était pas à la BCE d’inciter les gouvernements à l’action. Comprenez : “Nous on gagne du temps, pour le reste voyez avec vos élus“.

Sa conférence n’a pas apporté grand-chose de neuf, et il s’est appliqué à doucher les attentes de nouvelles mesures d’assouplissement.

Pourtant, le recours à ces mesures ne fait aucun doute dans les mois qui viennent, mais Draghi a préféré mettre la pression sur les différents acteurs, trop habitués à ses injections massives.

La Fed hésitante
Jeudi, lors de son intervention devant le comité économique américain, Ben Bernanke a, lui aussi, douché les attentes des marchés sur de nouvelles mesures d’assouplissement.

Toutefois, il a reconnu que l’activité reste modérée et a même émis des doutes sur la capacité de la croissance à générer de nouveaux emplois. Après quelques trimestres d’embellie, la croissance a affiché un taux de 1,9% en rythme annuel, contre 3% le trimestre précédent. Et le taux de chômage a légèrement progressé.

Comme pour la Banque centrale européenne, il fait peu de doutes, malgré la rhétorique, que de nouvelles mesures seront décidés lors des prochains comités monétaires.

L’euro s’offre une pause
Vous l’aurez compris, le bateau continue de couler normalement, et les seules décisions prises permettent tout juste de limiter la casse.

Sur le marché des changes, l’euro s’est offert une petite pause technique, comme anticipé dans mon dernier article.

Si ce rebond est dû principalement à un léger retour de l’appétit pour le risque en début de semaine, notamment grâce à un début de plan de sauvetage espagnol, on peut également noter la menace de Fitch sur la notation américaine qui a pu peser un peu sur le billet vert.

Mais ce rebond est sans doute très provisoire, et il s’amenuise déjà à l’heure où j’écris ces lignes.

EURUSD : Potentiel technique à la hausse mais…
La semaine dernière, le positionnement des spéculateurs (futures et options) sur l’euro a affiché un nouveau plus-haut. C’est d’ailleurs ces niveaux extrêmes qui m’ont poussé à privilégier le scénario du rebond.

Graphique quotidien + Indicateur COT – www.eole-trading.com

Graphique quotidien + Indicateur COT – www.eole-trading.com

Cliquez sur le graphique pour l’agrandir

Sur le graphique ci-dessus, nous constatons que le rebond devenait nécessaire alors que l’anticipation vendeuse était à son paroxysme.

Le retracement a parfaitement eu lieu sur le seuil des 23,6% de Fibonacci.

Toutefois, et malgré un fort potentiel de rebond vers 1,2700 (38,2%), la paire semble de nouveau affaiblie par l’environnement macro-économique.

Alors que les élections en Grèce approchent, l’hésitation devrait amener une phase de consolidation.

Graphique 4 heures

Graphique 4 heures

Cliquez sur le graphique pour l’agrandir

Il faudra donc rester très prudent dans son positionnement à court-terme.

Pour les plus actifs d’entre vous, je recommande de passer à l’achat sur un passage au-dessus de 1,2520 pour viser 1,2670 puis 1,2750, si le rebond accélère.

En revanche, si la paire ne parvient pas à passer au-dessus des 1,25 rapidement, nous pourrons viser un retour sur les points-bas, puis une nouvelle accélération baissière vers 1,2150.

A long terme, la tendance reste nettement baissière.

Bon week-end.

08 juin 2012 | Jérôme Revillier |   l'Edito des Matières Premières et Devises.

'