L’ennui est palpable sur la plupart des marchés à croire que bon nombre d’investisseurs ont profité des premiers rayons du soleil pour fuir le bureau.
Peu de nouvelles macro-économiques d’importance, des discours de banques centrales sans relief ce qui nous donne une volatilité en berne.
Je voulais donc revenir rapidement sur la force de la monnaie unique car le sujet est sur toutes les lèvres.

Pénalisant les sociétés exportatrices , la compétitivité de notre cher pays ou encore responsable du manque d’inflation, l’euro se voit l’origine de tous les maux …

Alors l’euro est-il vraiment fort ?

Je ne prétends d’ailleurs pas avoir une réponse type, mais la situation actuelle mérite de prendre parfois du recul sur le discours dominant et de remettre de la perspective dans les idées.

Pour ce domaine, je vais simplement en appeler aux mathématiques et aux graphiques.
L’euro a été officiellement introduit en 2000 après deux ans de transition où son cours a eu une valeur moyenne de 1.18$.
Une chute rapide suivra en 2000 amenant la paire à 0.82$, avant de revenir, à la parité en 2002.

Pour les calculs suivants, j’ai décidé d’ignorer volontairement les premières années de cotation pour ne considérer que la dernière décennie.

En reprenant le cours de clôture hebdomadaire de la paire EURUSD depuis le 1er janvier 2004 soit 10 ans, nous avons une valeur moyenne de la paire de 1.3330$.
Si nous prenons un historique démarrant depuis 2007, l’année de la faillite de Lehman Brothers, nous arrivons à un taux moyen de l’euro à 1.3675$.
Le même calcul depuis 2010 nous donne une valeur de 1.3360$.

Ainsi, nous pouvons tirer plusieurs conclusions simples de ces chiffres.

  • L’euro s’est nettement apprécié depuis son introduction dans les années 2000. Cette valorisation est l’illustration de la confiance accordée progressivement à la monnaie unique et à la zone euro en général.
  • La hausse de l’euro s’est matérialisée rapidement dans les années 2004/2007 alors que la croissance était au rendez-vous, puis a connu une vive accélération lors de l’éclatement de la crise des subprimes aux USA. C’est ce qui explique la moyenne plus élevée pour la période 2007/2014. On se souviendra notamment du pic de juillet 2007 à 1.6045$.
  • Toutefois, depuis 2007 et la propagation de la crise, l’euro connait une phase plutôt baissière mais surtout d’incertitude qui a conduit à une fluctuation entre, grossièrement 1.50$ et 1.20$, ce qui semble désormais sa zone d’équilibre.

Indice de force relative

Si nous considérons uniquement la paire EURUSD comme jauge de force de l’euro, nous pouvons en conclure assez facilement qu’ au cours actuel de 1.38$/1.3850$, l’euro est dans sa zone haute face au billet vert et semble donc effectivement en position de force, même si les extrêmes sont assez éloignés.
Intéressons nous maintenant à la force relative de l’euro face aux autres monnaies grâce à l’EURO Index.

euro_index_16042014

Le cours revient sur 109.50 soit exactement sa valeur … 9 ans plus tôt en 2005. Sur cette période de 9 ans, l’euro en a passé très exactement la moitié de part et d’autre de cette zone. Un équilibre troublant.

A plus court-terme, un comparatif rapide avec les autres indices des paires majeures permet de confirmer la vigueur de l’euro même face à des devises comme le dollar canadien ou le dollar australien qui ont pourtant eu des progressions marquées en 2012/début 2013.

Mais ce qui frappe aussi, c’est le niveau extrêmement bas du dollar dans ce graphique, qui est juste au-dessus de Yen massivement dévalué par la banque du Japon et le dollar Canadien qui, en plus d’être son proche voisin, est lui aussi mené à la baguette par une banque centrale très active.
Avec une performance de -5.15% sur la période (été 2010/ 31/03/2014) le dollar peut être qualifié de devise affaiblie.

comparatif_index_

La FED a massivement injecté de la liquidité pour sauver un système bancaire au bord du gouffre et afin de relancer la consommation, principalement l’immobilier. Malgré le changement de paradigme qui semble s’engager avec l’arrivée de Janet Yellen et l’arrêt programmé du fameux quantitative Easing , le billet vert ne renoue pas avec une tendance haussière franche.

Pourtant, lors de la dernière réunion du comité monétaire, Janet Yellen a laissé entendre qu’une hausse de taux était prévisible d’ici mi-2015 (Les derniers indicateurs prévoient juin 2015). De toute évidence, les marchés n’achètent pas encore cette nouvelle et ne lui accorde pas une réelle confiance.
A l’inverse, les risques déflationnistes en zone euro, ne semblent pas non plus effrayer les investisseurs qui ne paraissent pas croire en une action forte de la BCE. Mario Draghi a beau s’égosiller et jouer de tous ses arguments rhétoriques, rien y fait et beaucoup ont compris que ses poings étaient liés au désir allemand.

Alors OUI ,l’euro est fort. Il n’y a là aucun doute. Il est fort pour trois raisons. Une qui est structurelle, une bonne et une mauvaise …

  • Comme me le confiait Olivier Anger pour la dernière lettre d’Action Future, la zone euro dans son ensemble bénéficie d’une balance commerciale excédentaire, ce qui mécaniquement augmente la demande d’euros. Les créanciers de la zone euro doivent payer leur facture, tout simplement. D’autre part, pour le moment, la BCE est la banque centrale qui a préservé le plus son bilan. Cela bénéficie à la devise europénne de façon ... structurelle et même conjoncturelle.
  • La bonne est que les investisseurs ont de plus en plus confiance dans la zone euro comme une entité. Le spectre d’un éclatement semble définitivement écarté. Je vous recommande à ce sujet l’interview de Jacques Mistral dans le dernier numéro d’Action Future. Ce dernier voit l’euro avec un potentiel jusqu’à 1.45$
  • La mauvaise raison est sans doute que les paroles de la BCE ne sont pas concordantes avec les actes. Alors que Mario Draghi ne cesse d’évoquer l’inflation et de promettre des mesures vigoureuses, ce qui passait pour de la maîtrise et de la patience plutôt vertueuses pour un banquier central, pourrait être interprété comme une incapacité de décision et de passage à l’acte, décrédibilisant la gouvernance même de la BCE.

Mais surtout, le billet vert reste faible malgré le ralentissement du quantitative easing et un retour à une politique monétaire accommodante. Les derniers chiffres de l'emploi semblent également en trompe l’œil et pourraient masquer une situation moins florissante que prévue.
Aussi, tant qu'au moins l'une de ces trois raisons ne sera pas remises en cause , il y a peu de chance devoir une réelle modification de la tendance.
Il faut donc surveiller les facteurs influents sur ces points.

A l'inverse si l'un de ces points d'équilibre était modifié, le repli pourrait être violent ...

J’y reviendrai dans une analyse technique dans les prochains jours.
Comme vous le savez désormais, une chose est sûre : C’est que rien n’est certain dans le bal des banques centrales …

Jérôme Revillier

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