Interview réalisée par Atlantico.fr. Première publication le 22 août 2012.

Le Cac 40 a clôturé la séance de mardi au-delà des 3 500 points, son plus haut niveau depuis cinq mois. Une hausse portée notamment par une éventuelle opération de rachat d'obligations par la BCE qui permettrait aux pays en difficulté d'emprunter à des taux inférieurs à ceux proposés par le marché.

Atlantico : Le Cac 40 a dépassé les 3500 points mardi à la Bourse de Paris. Comment expliquer ce retour au plus haut niveau depuis cinq mois ?

Jérôme Revillier : En effet, l’indice parisien a franchi ce seuil symbolique alors que le S&P 500 franchissait également un nouveau plus haut de 4 ans. La hausse est principalement imputable aux espoirs des investisseurs de voir la BCE prendre les choses en main et investir sur le marché de la dette pour faciliter le financement des pays sous pression.

D’une manière générale, ce sont clairement les anticipations des interventions des banques centrales qui mènent la danse depuis plusieurs semaines. Et même si les Allemands continuent de maintenir les apparences en affirmant ne rien vouloir lâcher sur les sujets brûlants comme la Grèce ou le rôle de la BCE, il devient de plus en plus évident que l’on se dirige vers de nouvelles mesures d’assouplissement afin de ne pas totalement tuer les espoirs de reprise.

Pouvons-nous parler d'un regain d'optimisme sur les marchés, notamment après des coûts d'emprunt en baisse pour l'Espagne qui a levé entre 3,5 et 4,5 milliards d'euros à 12 et 18 mois ? Ou un optimisme de court terme ?

Certes, nous pouvons évoquer l’optimisme voir même une certaine béatitude des investisseurs qui continuent de pousser pour atteindre des seuils techniques clés.

Attention toutefois, car si la séance de ce mardi a confirmé la tendance haussière, les volumes d’échanges continuent d’être anémiques, exposant le marché à un retournement tout aussi violent.
Les taux espagnols se sont en effet affichés en repli dans un environnement très favorable. Toutefois, le niveau de ces emprunts reste élevé et insoutenable sur le long terme.

C’est donc dans une douce euphorie que les marchés terminent la période estivale, mais qui pourrait bien connaitre un dénouement plus complexe.

D’ailleurs, les indices américains ont terminé finalement dans le rouge cette séance alors que pas mal d’intervenants semblent prendre leurs bénéfices après le récent rallye et avant le retour de la majorité des investisseurs en septembre.

Il faut également évoquer le cas du VIX, véritable « indice de la peur » des marchés US, qui reste littéralement scotché sous les 15 points, un niveau extrêmement faible. Pour mémoire, l’indice affichait près de 27 points fin mai 2012, soit une baisse de plus de 44%. Le cocktail « indice au plus haut » et « Vix au plus bas » ne peut pas tenir très longtemps et demeure très explosif.

Pour moi, le véritable danger est de voir une hausse ne reposer que sur des éléments « politiques » et des effets d’annonces, sans aucune véritable stratégie pour créer de la valeur.
La déception pourrait être à la hauteur de l’euphorie actuelle.

Outre-Atlantique, le Dow Jones américain reste à plus de 13 000 points, loin devant la plupart des places européennes. Les difficultés en zone euro sont-elles le seul facteur explicatif de cette dichotomie ? Que révèlent les cours de bourse sur la santé de nos économies ?

Au-delà de la santé pure des économies concernées, c’est surtout, une nouvelle fois, une histoire de confiance.

Les tensions internes à la zone euro qui empoisonnent les mécanismes de décision poussent les investisseurs à la défiance et donc à la prudence envers l’Europe.

Aux Etats-Unis, la FED a su se montrer réactive, à tort ou à raison, mais a signalé sa volonté.
En montrant sa capacité de réaction, la banque centrale à pu rassurer et ainsi permettre le retour des investisseurs alors que pourtant la situation budgétaire est tout aussi préoccupante qu’en zone euro.

Les USA, malgré les difficultés, ont montré qu’ils étaient maitres de leur destin, contrairement à la zone euro qui continue de subir les évènements en gagnant tout juste un peu de temps à chaque nouveau sommet.

L’euro est d’ailleurs l’illustration parfaite de ce manque de gouvernance européenne.
Il n’est finalement que le reflet des politiques monétaires de tous les autres pays du monde qui continuent de décider à la place des européens de la valeur de leur monnaie.

Aujourd’hui, les niveaux des indices mondiaux ne font que refléter l’impasse vers laquelle les banques centrales se dirigent.

Car, une fois les mesures d’assouplissement annoncée et les attentes des investisseurs satisfaites à court-terme, quels éléments pourront pousser à nouveau les indices plus hauts alors que les anticipation de croissance sont revues régulièrement à la baisse dans le monde entier ? Aucun.

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